Après trois années d’euphorie post-Covid, durant lesquelles tout se vendait vite et cher , le marché du bateau d’occasion connaît un renversement complet.
L’offre a explosé, la demande s’est contractée, et de nombreux propriétaires se retrouvent désormais avec un bateau difficile à vendre, voire impossible à vendre.
Dans les Caraïbes comme en Europe, les volumes de bateaux à vendre dépassent largement la capacité annuelle d’absorption du marché.
À tel point qu’il faut désormais l’admettre :
jusqu’à 30 % des bateaux actuellement à vendre ne trouveront probablement pas d’acheteur.
1 — La bulle post-Covid : une parenthèse qu’il faut définitivement oublier
De 2020 à 2023, la demande a explosé :
rareté des bateaux disponibles, délais de production rallongés, budgets loisirs redéployés, impossibilité de voyager… Le marché a perdu ses repères.
Pendant trois ans, un bateau pouvait parfois se vendre plus cher que son prix d’achat initial, même s’il avait déjà 5 ou 10 ans.
Mais cette période était une anomalie.
Nous en sortons, et le marché revient à une logique implacable.
2 — Des prix devenus totalement irréalistes
Exemples concrets :
Exemple 1 — Catamaran 4 cabines acheté 150 000 € il y a 10 ans
Le proposer aujourd’hui 160 000 €, sans refit moteur, sans électronique neuve et sans amélioration majeure, n’a plus aucune logique économique.
Ce niveau de prix n’a existé que pendant la bulle Covid, et il n’a plus aucune justification.
Exemple 2 — Versions 4 cabines : fin d’un cycle
Pendant des années, les catamarans 4 cabines issus de la location conservaient une valeur correcte, car les versions propriétaires 3 cabines étaient rares.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
- L’offre de 3 cabines propriétaires n’a jamais été aussi abondante.
- Les acheteurs privés privilégient presque systématiquement ces versions.
- Les 4 cabines ex-charter sont désormais perçus comme :
- plus usés,
- moins recherchés,
- plus coûteux à remettre au niveau.
Résultat : leur prix s’effondre.
Exemple :
Un Lagoon 42 de 7 à 8 ans, version 4 cabines, se vend aujourd’hui moins de 250 000 €,
alors qu’il se négociait encore autour de 300 000 € il y a peu.
Les versions 3 cabines conservent une bonne attractivité,
mais les 4 cabines sont devenues très difficiles à vendre.
Exemple 3 — Les Ketchs de voyage d’un chantier Français réputé (1995–2000)
Ces bateaux se vendaient 150 000 à 200 000 € en 2015.
Les voir aujourd’hui affichés 200 000 à 230 000 €,
alors qu’ils ont dix ans de plus et qu’un refit complet est souvent indispensable,
est totalement incohérent.
Une décote d’au moins 30 % serait logique.
3 — L’innovation accélérée des chantiers rend les bateaux de 10 à 15 ans “anciens”
Un phénomène nouveau vient accentuer la difficulté :
les grands chantiers renouvellent leurs gammes plus vite que jamais.
Le groupe Bénéteau–Jeanneau annonce 66 nouveaux modèles en 3 ans,
soit 50 % de plus que sur la période précédente.
Ces nouveaux modèles apportent des améliorations réelles :
- volumes revus,
- ergonomie optimisée,
- design modernisé,
- électronique simplifiée,
- meilleurs rapports poids/puissance.
Résultat : un bateau de 10 à 15 ans paraît aujourd’hui nettement plus daté qu’il ne l’était il y a quelques années. Même en excellent état, il souffre d’un effet d’obsolescence accélérée qui complique fortement sa revente.
4 — Un rappel essentiel : un bateau n’est pas un bien immobilier
Dans un marché normal, la décote est inévitable :
- ≈ 30 % en 5 ans,
- ≈ 50 % en 10 ans.
Le marché revient à ces fondamentaux, plus vite et plus sévèrement qu’attendu.
5 — Statistiques 2025 : ce que montrent réellement les chiffres BoatWizard
(Catamarans & Monocoques – données au 11/12/2025)
BoatWizard ne regroupe pas 100 % du marché,
mais au moins 90 % des annonces réellement actives,
et probablement davantage dans les Caraïbes.
Leur valeur statistique est donc très solide.
5.1 — Catamarans : un marché en surcapacité
Caraïbes : 387 catamarans en vente
- 73 % ont moins de 10 ans (283 unités)
- 222 ont moins de 10 ans dans cette tranche
- 287 sont des 38–50 ft
La majorité du stock est trop récente, un phénomène totalement anormal.
Ventes 2025 : 92 seulement
- dont 65 <10 ans
- Taux d’écoulement : 24 %
→ 1 vente pour 4,2 bateaux en stock
5.2 — Monde : situation similaire
- 2 100 catamarans en vente
- 1 500 <10 ans (71 %)
5.3 — USA : même stock, mais 2,5 fois plus de ventes
380 catamarans en vente
233 ventes en 2025
Les raisons :
- Dollar fort → pouvoir d’achat élevé
- Bateaux déjà importés / déjà taxés
- Aucun risque de frais de douane
- Changements douaniers sur les bateaux neufs
→ transfert massif du neuf vers l’occasion.
Un point clé pour notre secteur :
Notre étude porte sur le marché d’occasion. Or les acheteurs américains — qui achetaient auparavant en Caraïbe achètent désormais directement aux USA.
Les USA ne captent pas la demande mondiale, mais ils représentent près de 50 % des acheteurs globaux, lesquels n’achètent plus à l’extérieur, ce qui réduit mécaniquement la demande en Caraïbe.
5.4 — Monocoques : moins saturés, mais fragilisés
Caraïbes : 182 monocoques en vente
- 36 <10 ans → seulement 20 %
- Segment 38–50 ft : 105 unités, dont 28 récents
Ventes 2025 : 66
→ Taux d’écoulement 36 %
Le marché monocoque n’est pas saturé,
mais il souffre d’une migration massive de la demande vers le catamaran.
Les monocoques qui se vendent sont ceux dont le budget ne permet pas un catamaran.
Les unités anciennes ou nécessitant un refit trouvent difficilement preneur.
6 — Ce que révèlent vraiment les chiffres
- La surcapacité concerne principalement les catamarans récents.
- Le marché américain attire ses propres acheteurs, au détriment de la Caraïbe.
- Le taux d’écoulement réel est insuffisant pour résorber l’offre.
- Une part importante du stock actuel restera invendue.
Nous estimons que 30 % des bateaux ne trouveront probablement pas d’acheteur, même avec des baisses successives.
Conclusion : ajuster les prix… ou accepter de garder son bateau
Le marché 2025/2026 impose un retour à la raison.
Pour vendre aujourd’hui, il faut :
- un prix réaliste,
- une vision lucide de la valeur réelle,
- un dossier d’entretien solide,
- et accepter que la demande n’est plus celle de 2021–2022.
Sans cela, le bateau restera au ponton, parfois des mois, parfois des années.

